1. Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?
J’ai un parcours pour une grand part dédié aux ressources humaines. J’ai en effet, parcouru plusieurs grands groupes internationaux en tant que cadre (Philips, Schneider Electric, Sanofi) puis je suis devenu chasseur de têtes. A la fin de mon parcours j’étais Directeur des ressources humaines chez Sanofi à Singapour (où j’étais en charge du management des filiales Sanofi) et j’ai ainsi sillonné l’Asie pendant 3 ans, de filiale en filiale, pour mettre en œuvre la politique centrale de Sanofi.
2. Vous êtes juriste de formation, qu’est-ce qui vous a amené à monter, en 2002, une école internationale de la mode française ? Pourquoi avoir choisi la Chine, et plus particulièrement Shanghai ?
J’avais fixé à 3 ans la durée de mon expatriation, en raison des études de mes enfants, donc j’ai monté mon cabinet de recrutement de cadres et dirigeants une fois de retour en France. J’avais cependant en tête de revenir en Asie.
J’ai alors fait à Paris la rencontre d’Olivia Chai ; ensemble, nous avons bâti cette idée de monter une structure d’enseignement de la mode. Ce projet est basé sur notre complémentarité : une passionnée de la mode rencontre un passionné de la formation ! Nous montons ainsi l’IFA, à Paris, mais très tôt nous commençons à venir à Shanghai pour rencontrer des partenaires potentiels chinois. Nous passons 3 ans à chercher et signons ainsi en mars 2002. L’école ouvrait ses portes en sept 2002 !
Nous avons tout d’abord choisi la Chine car mon associée est chinoise et j’étais moi-même très attiré par le monde chinois. On a par ailleurs très vite vu qu’il y avait une place à prendre car il y avait peu d’écoles de mode à Shanghai et cette ville paraissait être la plus ouverte vers un business occidentalisé.
3. Quelles leçons tirez-vous de votre expérience en Chine ?
J’ai beaucoup appris ! A titre personnel tout d’abord : j’ai dû me remettre en question car en arrivant ici vos défauts explosent. Je suis par exemple de nature impatiente. J’ai dû apprendre ici à être patient ! Que ce soit dans les relations avec les partenaires, l’administration ou les étudiants, c’est un monde incertain, où l’on ne survit pas parce l’on a un statut mais parce que l’on apporte quelque chose. Tout est difficile mais en même temps tout est possible, il suffit de vouloir.
Nous avons-nous même eu la chance de trouver des partenaires de qualité, sur un marché porteur. Notre taille aujourd’hui nous rend moins fragiles.
4. Pouvez-vous nous parler un peu du marché de la mode à Shanghai et de la vision des Shanghaiens sur ce marché ? Paris est-elle toujours considérée comme capitale mondiale de la mode et pensez-vous que Shanghai le deviendra bientôt ?
Le marché de la mode à Shanghai a encore un potentiel très fort. Il suffit de regarder les magasins et de comparer avec ce qui se faisait il y a 5 ou 6 ans ! Il y a donc eu de gros progrès mais il reste encore beaucoup de choses à apprendre dans le domaine du design et de la créativité. Par ailleurs, des problèmes de qualité demeurent. C’est pour cette raison qu’à l’IFA nous sommes très rigoureux sur la qualité et que nous avons des experts dans ce domaine.
Je pense qu’il existe aujourd’hui plusieurs capitales de la mode et Paris reste numéro un seulement si l’on considère l’attrait des défilés de haute couture. Sinon il y a bien sûr Londres, New York, Milan, qui sur le plan de la création n’ont rien à envier à Paris !
Shanghai pourra être capitale de la mode quand il existera vraiment un courant de création propre à Shanghai mais nous n’en sommes pas encore là ! Il existe quelques créateurs remarquables mais pas beaucoup et il n’y a pas de courant artistique général. Il s’agit certes d’une capitale économique mais non d’une capitale de la création.
Les Chinois sont encore dans une démarche mécanique et industrielle mais le processus artistique et culturel en général est le fruit de plusieurs générations : l’acquis des générations précédentes est primordial dans ce secteur. Or, cela fait 30 ans seulement que la Chine s’est ouverte au monde.
5. Shanghai a appris depuis longtemps à faire la synthèse du style occidental et de la tradition chinoise et singulièrement dans le vêtement ; gardez-vous cette tradition au sein de votre école ?
Je ne crois pas qu’il y ait synthèse mais plutôt cohabitation car on voit toujours à côté des bars et restaurant avant-gardistes de Shanghai les petits « xiaochi » traditionnels. On demande donc aux étudiants chinois de s’inspirer de leurs racines profondes dans leurs créations mais cela est difficile à faire et je pense que c’est un processus long. Par ailleurs ce qui enchante nos étudiants, c’ est le style occidental !
6. Quels sont vos prochains projets en Chine et à Shanghai ?
Le développement ! Et notamment développer un autre cursus d’enseignement : l’architecture d’intérieur, les accessoires de mode, le design… Nous souhaiterions par ailleurs développer la coopération avec d’autres villes en Chine, d’autres écoles ou universités qui existe déjà et souhaite renforcer leur savoir-faire dans la mode. Nous souhaiterions enfin développer des écoles dans des pays en développement comme l’Amérique Latine, l’Asie ou le Moyen Orient.

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